Les techniques de Fabien Olicard pour dormir : pourquoi elles peuvent fonctionner ?
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Depuis quelque temps, les techniques de sommeil partagées par Fabien Olicard circulent largement sur les réseaux et suscitent beaucoup d’intérêt. Beaucoup de personnes me demandent si ces méthodes pour s’endormir plus vite sont réellement efficaces, si elles reposent sur des bases neuropsychologiques solides, et si elles peuvent convenir à des profils anxieux ou hypersensibles.
En tant que psychologue et psychothérapeute spécialisée dans la régulation émotionnelle et le fonctionnement du mental, j’ai souhaité analyser ces techniques avec un regard clinique : comprendre leurs mécanismes, leurs limites, et les profils pour lesquels elles peuvent être pertinentes.
Pourquoi le mental nous empêche parfois de dormir ?
Avant d’évaluer une technique d’endormissement, je trouve important de rappeler comment fonctionne le cerveau au moment du coucher.
L’endormissement n’est pas un acte volontaire. Il survient lorsque le niveau d’activation cognitive et physiologique diminue suffisamment pour permettre la transition vers le sommeil. Chez de nombreuses personnes, notamment celles sujettes à l’anxiété ou à l’hypersensibilité, le problème n’est pas l’absence de fatigue, mais la persistance d’une activité mentale élevée.
Ruminations, scénarios anticipatoires, analyses de la journée, préoccupations professionnelles ou personnelles : le cerveau reste en mode résolution de problèmes. Les réseaux liés au contrôle cognitif et à l’attention dirigée demeurent actifs, ce qui retarde l’apparition de l’état hypnagogique, cette phase intermédiaire entre veille et sommeil.
Les techniques proposées par Fabien Olicard s’inscrivent précisément dans cette problématique : elles cherchent à occuper le cerveau de manière ciblée pour réduire l’espace disponible pour les pensées envahissantes.
Le décompte mental : une technique pour calmer le mental le soir
Parmi les méthodes évoquées figure le décompte mental, par exemple en soustrayant trois en trois à partir d’un nombre choisi.
D’un point de vue neuropsychologique, cette technique mobilise la mémoire de travail. Elle sollicite légèrement les ressources cognitives, sans générer de charge émotionnelle. Ce type d’activité peut limiter les ruminations en saturant temporairement les circuits impliqués dans la pensée narrative.
Cette méthode peut être particulièrement adaptée aux profils à dominante verbale ou analytique, c’est-à-dire aux personnes dont le mental fonctionne principalement par raisonnement et structuration logique. En revanche, chez certains profils très anxieux ou perfectionnistes, l’exercice peut devenir une nouvelle tâche à réussir, ce qui maintient l’activation au lieu de la diminuer.
La clé n’est donc pas la technique en elle-même, mais la manière dont elle est vécue par le cerveau de la personne.
Le brassage cognitif : désorganiser la pensée pour favoriser l’endormissement
Autre méthode souvent mentionnée par Fabien Olicard : le brassage cognitif, qui consiste à prendre un mot et à générer des associations lettre par lettre.
Cette approche s’appuie sur un principe simple mais intéressant : le cerveau humain est naturellement orienté vers la cohérence et la continuité. Lorsque l’on introduit volontairement des associations sans logique narrative ni enjeu émotionnel, on désorganise temporairement cette continuité.
Ce processus peut favoriser l’entrée dans un état proche de l’hypnagogie, où les pensées deviennent plus flottantes et moins dirigées. Il existe d’ailleurs des travaux sur le “cognitive shuffle” montrant que cette désorganisation douce peut réduire la latence d’endormissement chez certaines personnes.
Cette technique convient particulièrement aux profils à imagerie mentale active ou aux esprits associatifs. En revanche, les personnes qui ont des difficultés à générer des images ou qui ont tendance à contrôler fortement leurs pensées peuvent avoir plus de mal à en tirer bénéfice.
Relaxation et imagerie mentale : des techniques déjà utilisées en psychologie
Les méthodes de relâchement corporel associées à une image mentale stable, comme un hamac ou une barque immobile, s’inscrivent dans des pratiques connues en thérapie comportementale et en gestion du stress.
La relaxation musculaire progressive agit sur la diminution de l’activation physiologique, tandis que l’imagerie mentale stabilise l’attention sur un stimulus neutre et répétitif. Ce double mécanisme contribue à réduire l’hypervigilance.
Il est important de souligner que l’imagerie mentale n’est pas universellement efficace. Certaines personnes ont un fonctionnement visuel très développé et accèdent facilement à des représentations internes détaillées. D’autres ont un style cognitif plus conceptuel ou verbal et peuvent ne pas “voir” les images proposées, ce qui n’a rien d’anormal.
C’est exactement ce que l’on observe en hypnose : une technique qui fonctionne très bien chez un profil peut être moins adaptée à un autre.
Ces techniques sont-elles scientifiquement validées ?
Les techniques spécifiques popularisées par Fabien Olicard ne constituent pas en elles-mêmes des protocoles cliniques validés au sens strict. En revanche, les principes sur lesquels elles reposent ( la charge cognitive légère, désorganisation de la pensée narrative, relaxation musculaire, imagerie mentale) sont cohérents avec des mécanismes étudiés en psychologie du sommeil et en neurosciences cognitives.
Il est donc plus juste de dire que ces méthodes s’appuient sur des fondements plausibles et connus, mais que leur efficacité dépendra du profil cognitif de la personne et de la nature de ses troubles du sommeil.
Pour une insomnie chronique, une prise en charge en thérapie comportementale et cognitive de l’insomnie reste la référence. Pour un mental actif occasionnel, ces techniques peuvent constituer des outils intéressants à expérimenter.
Hypersensibilité, anxiété et techniques d’endormissement
Les personnes hypersensibles ou anxieuses présentent souvent une hyperactivation cognitive au moment du coucher. Leur cerveau traite les informations avec une intensité accrue, ce qui peut retarder la transition vers le sommeil.
Dans ce contexte, certaines techniques mentales peuvent être particulièrement utiles, à condition qu’elles correspondent au style de fonctionnement de la personne.
Un esprit analytique pourra préférer le décompte.
Un esprit imagé pourra bénéficier du brassage cognitif ou de l’imagerie.
Un profil très corporel pourra tirer davantage profit de la relaxation musculaire.
Il n’existe pas une méthode universelle, mais une adéquation entre technique et fonctionnement cognitif.
Mon regard de psychologue sur le travail de Fabien Olicard
Ce que j’apprécie dans la démarche de Fabien Olicard, c’est l’invitation à tester, à observer, à expérimenter. Il ne présente pas ses propositions comme des solutions miracles, mais comme des pistes à explorer.
Dans une société où les solutions rapides sont souvent mises en avant, cette approche expérimentale est intéressante. Elle encourage chacun à mieux comprendre son propre cerveau plutôt qu’à chercher une recette unique.
En tant que psychologue, mon rôle est de rappeler que ces techniques peuvent être utiles, mais qu’elles doivent s’inscrire dans une compréhension plus globale du sommeil, du stress et du fonctionnement émotionnel.
En résumé : sont-elles de bonnes techniques ?
Les techniques de Fabien Olicard pour mieux dormir ne relèvent pas de la magie, mais elles reposent sur des mécanismes cognitifs plausibles. Elles peuvent aider à calmer le mental le soir, réduire les ruminations et faciliter l’endormissement, à condition d’être adaptées au profil de la personne.
La vraie question n’est pas de savoir si elles sont “bonnes” ou “mauvaises”, mais pour qui elles fonctionnent, et pourquoi.
Comprendre son propre fonctionnement cognitif reste la clé.
Et la pratique régulière en est une autre.
J'ai créer une séance spéciale qui vous guide au travers de ces techniques :