Gourou le film avec Pierre Niney pose la question de quelle est la différence entre un psychologue et un coach. A quel moment le coach devient il un gourou ? Comment se prémunir des dérives du développement personnel ? Comment choisir son thérapeute ?

Psychologue ou coach : quelles différences et que peut-on légitimement attendre de chacun ?

Ces derniers jours, le film Gourou avec Pierre Niney remet sur le devant de la scène une question qui traverse notre époque : à qui confie-t-on notre vulnérabilité ?

Ce qui est intéressant, c’est que j’avais enregistré mon podcast sur les dérives du développement personnel avant même de découvrir la sortie du film. Et soudain, le sujet devient d’actualité. Comme si quelque chose, collectivement, cherchait à être clarifié.

Je voudrais ici poser les choses simplement.
Non pas pour opposer.
Non pas pour discréditer.
Mais pour comprendre.

Parce que quand on traverse une période difficile, on ne cherche pas un titre professionnel. On cherche un espace sûr. Et il est important de savoir ce que chaque accompagnant peut réellement offrir.


Quand on va mal, on cherche de l’aide. Et c’est profondément humain.

Le développement personnel s’est développé aussi parce que l’accès aux soins psychologiques reste compliqué. Délais d’attente, coût, manque de professionnels disponibles… Beaucoup de personnes se sont tournées vers des coachs, des accompagnants, des mentors, avec une vraie envie d’aller mieux.

Et la majorité de ces professionnels sont animés d’une intention sincère d’aider.

Le problème ne vient pas toujours des personnes.
Il vient parfois de la confusion des rôles.


Le psychologue clinicien : une formation universitaire et un cadre thérapeutique

Un psychologue clinicien est un professionnel diplômé d’un master universitaire en psychologie (bac +5 minimum), avec une formation approfondie en psychopathologie, en fonctionnement psychique, en neurosciences, en méthodologie clinique et en éthique.

Son rôle n’est pas de motiver.
Son rôle n’est pas de transformer rapidement.
Son rôle n’est pas de promettre.

Son travail commence par accueillir.

En thérapie, la personne n’a pas à “progresser” pour mériter d’être accompagnée. Elle n’a pas à prouver qu’elle fait des efforts. Elle n’a pas à devenir une meilleure version d’elle-même.

Elle peut simplement être là, telle qu’elle est.

Le cadre est structuré : confidentialité, supervision, déontologie, responsabilité professionnelle.
Et surtout, le psychologue est formé à repérer les troubles psychiques, les fragilités, les mécanismes inconscients, les traumatismes, les risques suicidaires. Il sait quand accompagner… et quand orienter vers un psychiatre ou un autre spécialiste.

C’est une responsabilité lourde.
Et elle est encadrée.


Le coach : accompagnement vers un objectif

Le coaching, lui, est centré sur l’atteinte d’un objectif. Il peut être extrêmement pertinent dans des domaines comme l’organisation, la reconversion, la prise de parole, la performance, la clarification de projets.

Le coach travaille souvent sur le “comment avancer”.

Il mobilise, il structure, il stimule.

Et cela peut être très aidant pour quelqu’un qui va globalement bien, mais qui cherche à progresser, à se challenger, à structurer un passage de vie.

Là où la confusion apparaît, c’est lorsque le coaching s’approche du terrain thérapeutique.

Quand on parle de dépression.
De trauma.
D’anxiété sévère.
De troubles alimentaires.
De pensées suicidaires.

Ces territoires relèvent du champ clinique.

Non pas parce que les coachs seraient incompétents ou mal intentionnés, mais parce que ces situations demandent une formation spécifique, une lecture psychopathologique, une capacité à évaluer les risques.

(Je suis une grande fan de Pierre Niney !)


La différence fondamentale : l’intention et la posture

Dans le coaching, l’intention est souvent formulée ainsi :
“Je vais t’aider à aller mieux.”
“Je vais t’aider à changer.”
“Je vais t’aider à devenir la meilleure version de toi-même.”

Cela peut être motivant.

Mais sur le plan psychologique, cette posture peut parfois créer une pression implicite.
Si je suis accompagné, je dois progresser.
Si je ne progresse pas, c’est que je fais mal.

En thérapie, la posture est différente.

La première étape n’est pas d’aller mieux.
C’est d’être accueilli sans condition.

Il n’y a pas d’objectif imposé.
Pas de performance intérieure à produire.
Pas de dette invisible.

C’est souvent à partir de cette sécurité que le changement devient possible.


Ce que l’on peut légitimement attendre de chacun

D’un coach, on peut attendre :
– un accompagnement vers un objectif défini
– une stimulation, une structuration
– un travail sur la mise en action

D’un psychologue clinicien, on peut attendre :
– un espace thérapeutique sécurisé
– une compréhension approfondie du fonctionnement psychique
– une prise en compte des troubles éventuels
– un accompagnement adapté à la souffrance

Les deux ne s’opposent pas.
Ils ne jouent pas dans le même registre.

On peut travailler avec un coach à un moment de sa vie.
On peut consulter un psychologue à un autre moment.
Parfois même les deux, pour des raisons différentes.

La clé n’est pas le titre.
La clé est la nature de votre besoin.


Comment savoir vers qui se tourner ?

Posez-vous une question simple :

Suis-je dans une phase de progression…
ou dans une phase de souffrance ?

Si vous traversez une période de vulnérabilité profonde, d’anxiété envahissante, de trauma, de dépression, de perte de sens intense, alors il est plus prudent de vous tourner vers un professionnel formé à la clinique.

Si vous êtes globalement stable mais que vous cherchez à clarifier un projet, à structurer un changement, à gagner en organisation ou en leadership, le coaching peut être adapté.

Ce n’est pas une hiérarchie.
C’est une question d’adéquation.


Redonner une place plus juste au développement personnel

Le développement personnel contient des outils intéressants. Inspirants. Parfois profondément utiles.

Mais il gagne à être replacé à sa juste place : celle d’un ensemble de propositions, pas d’un modèle universel de guérison.

Ce que je dis dans mon podcast, c’est exactement cela :
aller mieux n’est pas une performance.
Ce n’est pas un projet à réussir.
Ce n’est pas une obligation.

C’est un chemin qui commence par l’acceptation de là où l’on en est.

Si le film Gourou résonne autant aujourd’hui, c’est peut-être parce que nous avons collectivement besoin de discernement. Pas de cynisme. Pas de rejet. Mais de discernement.

Vous avez le droit de choisir.
Vous avez le droit de questionner.
Vous avez le droit de sentir si la posture en face de vous vous met sous pression… ou vous apaise.

Et cela, c’est déjà une forme de maturité psychologique.


🎧 Si ce sujet vous parle, vous pouvez écouter mon podcast
“Les dérives du développement personnel” sur ma chaîne La Botanique du Cœur – Émotions.

Parce que ce n’est pas en faisant plus que l’on va mieux.
C’est en faisant plus juste pour soi.

Julia Decugis

Psychologue et créatrice de la botanique du coeur

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